Livres pour enfants : pourquoi faut-il relire “Roule galette” ?

 

 

Denis Cheissoux vous conseille ce classique de la littérature jeunesse paru en 1931 en album du Père Castor. Une histoire à lire ou à relire pour le plaisir du texte et des images.

 

Roule galette de Natha Caputo et Pierre Belvès © Album du Père Castor/Flammarion jeunesse

Tout le monde a lu ces petits livres cartonnés créés en 1931 par Paul Fauché. On ne le sait pas toujours, mais les éditions du Père Castor sont à l’origine des livres de jeunesse que l’on connaît aujourd’hui. L’éditeur faisait partie du mouvement d’éducation nouvelle, une sorte “d’auto pédagogie” qui voulait que l’enfant soit actif dans l’apprentissage de sa lecture. Il crée donc des livres pour qu’ils soient lus non par les parents, mais par les enfants eux-mêmes.

Les albums devaient être des histoires sans lourdeur démonstrative. Il n’étaient pas chers, cartonnés, souvent reliés avec deux agrafes. C’était de la lecture novatrice bon marché, donc pour tous. En France, même s’il existait déjà des livres de jeunesse, ce fut un vrai décollage.

“Roule galette” est l’un des plus célèbres albums du Père Castor

Roule galette est l’adaptation d’un conte traditionnel russe raconté par Natha Caputo sur des images de Pierre Belvès. En 1950, deux vieux paysans vivent au bord de la forêt. L’un lit son journal, quand tout à coup, il dit :

‘- J’aimerais bien manger une galette

– Je pourrais t’en faire une !” répond la vieille. Si seulement j’avais de la farine.

– On va bien en trouver un peu. Monte au grenier, balaie le plancher, tu trouveras sûrement des grains de blé…”

Elle fabrique sa galette, elle est trop chaude, elle la met à refroidir sur le rebord de la fenêtre et vous savez ce que c’est, une galette : ça s’ennuie, et elle se laisse glisser… Bref elle se fait la malle, traverse le jardin, continue son chemin avec un ruban blanc qui se déroule sur toutes les images de page en page. Et commence la randonnée de la galette, avec des rencontres successives.

                    Détail d’une page de “Roule galette” de Natha Caputo et Pierre Belvès / Album du Père Castor

D’abord avec un lapin :

“Galette, galette, je vais te manger !”

Elle lui répond :

“Ecoute plutôt ma petite chanson :

« Je suis la galette, la galette,
Je suis faite avec le blé ramassé dans le grenier.
On m’a mise à refroidir,
Mais j’ai mieux aimé courir !
Attrape-moi si tu peux ! »

Puis le loup gris :

“Hou, hou, Galette, galette, je vais te manger…

Elle ressort sa chanson digne de The Voice avant de se sauver plus vite que le loup.

Puis vient un gros ours. Et elle se sauve : “Attrape-moi si tu peux !”

                             Détail d’une page de “Roule galette” de Natha Caputo et Pierre Belvès / Album du Père Castor/Flammarion jeunesse

Elle a échappé à leur convoitise. Mais voilà qu’elle rencontre le renard et là, on change de registre

“Comme tu es ronde et belle … ”

Faraude, sensible aux compliments, elle aime ses paroles enjôleuses, elle chante sa chanson.

“- Rapproche-toi, ma belle …  Oui, plus près …  Je suis vieux et sourd, que chantes-tu ? Rapproche-toi encore !”

Flattée, elle saute sur le nez de son nouveau groupie, le goupil:
« Je suis la galette, la galette,
Je suis faite avec le blé …

Et grouitch !! Plus de son, plus d’image, il la croque, avalée tout rond. Fin de l’histoire !

Pourquoi (re)lire ce classique jeunesse ?

  • Nulle morale à tirer de notre affaire, une galette est faite pour se faire boulotter. Elle a vécu une aventure avant l’issue finale.  Le plaisir du texte et des images sont largement suffisants.
  • Les dessins sont intemporels, même s’il traîne un fourneau à bois dans la cuisine. Le dessinateur Pierre Belvès avait une jolie façon de styliser les choses, les images restent assez contemporaines.
  • Les images sont cadrées dans des sortes de grands médaillons. Chaque rencontre avec un animal fait l’objet de deux doubles pages. Sur la première page de gauche, l’animal voit la galette et dit qu’il va la manger, puis sur la page d’en face, la galette file vers la droite.
  • Un conte qui met en garde contre les séducteurs qui usent de la flatterie pour arriver à leur fin.
  • C’est surtout une jolie ritournelle que l’enfant répète avec bonheur.
  • Les albums du Père Castor se transmettent de générations en générations. C’est grâce à ce rapport texte/image fort. Ces deux langages se parlent. La façon dont la narration de l’image est amenée renforce la portée émotionnelle du texte.

Détail d’une planche de “Roule Galette” de Natha Caputo et Pierre Belvès / Album du Père Castor

Les références : 

  • ECOUTER | Denis Cheissoux vous conseiller Roule Galette dans l’émission Grand bien vous fasse
  • LIRE | Roule Galette de Natha Caputo, Pierre Belvès, Flammarion jeunesse

Roule galette de Natha Caputo, Pierre Belvès, Flammarion jeunesse, Album du Père Castor

ALLER PLUS LOIN

D’autres albums du Père Castor conseillés par Denis Cheissoux :

  • Michka et sa double page de début sans texte, une mise en page très gonflée à l’époque.
  • Marlaguette et ce loup soigné par une petite fille. Un loup qui ne mangera plus jamais d’enfants.
  • Vieux frère de petit balai, le premier album jeunesse qui, en 1972, met en scène une question sociale : un balayeur africain retrouve une petite moufle rouge. Il glisse la moufle au bout de son balai en espérant qu’un enfant va la retrouver. Personne ne la voit mais une connivence va naître avec un petit garçon…
  • La vache orange raconte l’histoire d’une vache alitée soignée par un renard. Une relation entre un parent, le renard et une vache turbulente qui fait des bêtises dans le rôle de l’enfant…
  • Mais aussi : Le cheval bleu de Nathan Hale et Lucile Butel, Le joueur de flûte de Hamelin par Samivel…

Mais aussi :

  • ÉCOUTER | L’émission de Denis Cheissoux, L’as-tu lu mon p’tit loup ? tous les samedis et dimanche à 13h20 dans CO2 mon amour.
  • Raconte nous encore une histoire de Nathalie Beau (Ed Flammarion) qui raconte les albums du Père Castor.
  • Livres pour enfants : Pourquoi faut-il relire “La belle lisse poire du prince de Motordu” de Pef ?
  • Livre pour enfants : pourquoi faut-il (re)lire “Devine combien je t’aime” à ses enfants ?

 

 

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